Du compteur au réseau intelligent
Le compteur communicant n'a d'intérêt que par ce qu'il rend possible : un réseau capable d'accueillir des productions décentralisées et variables, et une demande qui s'adapte à l'offre plutôt que l'inverse.
Pourquoi le réseau doit changer
Le système électrique a été bâti sur un principe simple : quelques grandes centrales produisent, l'électricité descend en tension jusqu'aux usagers, et la production s'ajuste à la consommation.
Trois évolutions bousculent ce schéma. La production devient décentralisée, des centaines de milliers d'installations solaires et éoliennes injectent sur le réseau de distribution, parfois plus qu'elles ne consomment. Elle devient variable, dépendante du vent et du soleil. Et la consommation augmente et se concentre, avec l'électrification du chauffage et des transports.
Un réseau conçu pour un flux descendant doit désormais gérer des flux dans les deux sens, et une variabilité qu'il ne commande pas.
Ce qu'est un réseau intelligent
Ce n'est pas une technologie mais une capacité : mesurer en temps réel, communiquer, et agir, sur la production, sur le stockage et sur la demande.
Concrètement : des compteurs communicants qui remontent la consommation ; des capteurs sur les postes de distribution qui détectent une surcharge ou un défaut ; des automates qui reconfigurent le réseau pour isoler une panne sans attendre l'intervention humaine ; et des signaux, de prix ou de commande, qui déplacent la consommation.
La flexibilité, la vraie valeur
L'électricité ne se stocke pas facilement. Or l'équilibre entre production et consommation doit être tenu à chaque instant, sous peine de coupure généralisée.
Historiquement, cet équilibre se faisait en ajustant la production. Avec davantage de production variable, il faut aussi ajuster la demande. C'est la flexibilité, et elle a une valeur économique croissante.
Les gisements sont considérables et peu exploités : chauffe-eau électriques, chauffage à inertie, recharge des véhicules électriques, froid industriel, procédés interruptibles. Aucun de ces usages ne perd en confort s'il est déplacé de quelques heures.
Une recharge de véhicule décalée de dix-neuf heures à deux heures du matin ne change rien pour l'usager et soulage le système au moment où il est le plus sollicité.
L'effacement
Il consiste à réduire volontairement sa consommation à un moment de tension, en échange d'une rémunération.
Il est organisé en France par un marché : des opérateurs agrègent les capacités d'effacement de milliers de sites, industriels ou résidentiels, et les valorisent comme s'il s'agissait d'une centrale.
Pour un particulier, cela passe par un contrat avec un opérateur et un équipement pilotable. La rémunération reste modeste à l'échelle d'un logement ; l'intérêt collectif, lui, est réel.
L'autoconsommation
Le compteur communicant est ce qui rend l'autoconsommation gérable : il mesure séparément ce qui est soutiré et ce qui est injecté, ce qu'un compteur mécanique ne savait pas faire.
L'autoconsommation individuelle consiste à consommer sur place l'électricité qu'on produit, et à vendre le surplus. Sa rentabilité dépend du taux d'autoconsommation, c'est-à-dire de la part réellement consommée sur place.
L'autoconsommation collective, plus récente, permet à des producteurs et des consommateurs proches (un immeuble, un quartier, une zone d'activité) de partager une production locale, avec une clé de répartition et sans réseau privé : l'électricité transite par le réseau public.
Le stockage
Les batteries stationnaires progressent, mais le stockage massif reste dominé, très largement, par les stations de pompage hydraulique : deux retenues à des altitudes différentes, on pompe quand l'électricité est abondante, on turbine quand elle manque.
Le véhicule électrique constitue un gisement particulier : sa batterie est immobilisée l'essentiel du temps. Les dispositifs de restitution vers le logement ou vers le réseau commencent à se déployer, avec des questions ouvertes sur l'usure de la batterie et sur la rémunération du service.
Ce que cela suppose
Trois conditions, dont aucune n'est technique.
Des signaux économiques lisibles : un usager ne déplacera ses consommations que s'il y gagne clairement.
Une protection des données à la hauteur : la courbe de charge d'un logement décrit les habitudes de vie de ses occupants, et son usage doit rester encadré et consenti.
Et une confiance restaurée : le déploiement des compteurs communicants a souffert d'une communication qui promettait des économies que l'appareil, seul, ne pouvait pas produire.

